Chapitre 1

Chapitre 1
Toute mon enfance, on m'a répété que les histoires d'amour finissaient mal, que les hommes et les femmes n'étaient pas faits pour vivre ensemble, et que le Prince Charmant n'existait pas . Je ne jette pas la pierre à ma mère, c'est vrai que celui qu'elle aimait l'a quittée en apprenant qu'elle était enceinte, la laissant seule sans logement, sans travail, sans rien d'autre que le petit être qu'elle portait en elle et qui allait voir le jour au milieu de cette misère sans nom .
Pourtant, sitôt qu
e j'ai été en âge de comprendre ce qu'elle me disait, je me suis raccrochée à l'idée que même Cendrillon avait trouvé l'amour de ses rêves, elle qui pourtant avait connu les jours les plus sombres . Mon exutoire, je l'ai trouvé dans la musique, et très tôt, j'ai commencé le piano . Mes mains sur le clavier exprimaient ce que je ne pouvais pas lui avouer, de peur de la briser . Car oui, Maman, j'ai eu envie maintes fois de te dire ces choses, ces choses qui bouillonnaient en moi et qui me rendaient folle : Maman, sans espoir, un enfant n'est qu'un adulte de petite taille .
La rage de vivre
aidant, je suis devenue une virtuose du piano, et je donnais des concerts partout en Europe, j'aimais l'étourdissante rumeur des applaudissements simultanés d'une salle comble , j'aimais vibrer au rythme de mes notes, et toucher mon public au plus profond de l'âme . Souvent, à la sortie, ce qu'on pourrait appeler des fans m'attendaient, et j'étais heureuse de pouvoir leur consacrer un peu de mon temps , et de partager avec eux deux ou trois généralités sur ma musique et ce qu'elle leur évoquait . Mon public était adulte, en général, mais un soir, alors que je m'apprêtais à sortir, je sentis que l'on me retenait par le bras .

On avait fait salle
comble à Hamburg, et j'étais exténuée, pourtant, j'essayais de ne jamais manquer de respect à l'égard de ceux qui voulaient me parler . Je me suis donc retournée, et suis tombée nez-à-nez avec les plus beaux yeux qu'il m'ait été donné de voir . Le frisson qui m'a parcourue n'a pas manqué de faire sourire l'individu en face de moi, ce qui m'a causé comme un électrochoc dans toute la poitrine . Reprenant peu à peu ma contenance, j'ai souri à mon tour, et dans le meilleur anglais dont je sois capable (je ne parlais pas deux mots d'allemand à l'époque !) j'ai demandé :
"En
quoi puis-je vous aider ?
-Je voulais
simplement remercier celle dont les mains ont su m'émouvoir ..."
Comme pour
me porter un coup fatal, la voix qui prononça ces quelques mots était largement à la hauteur des yeux et du sourire qui l'accompagnaient !
L'anglais teinté
d'allemand était presque parfait, mais sur le moment, je ne prêtai attention qu'à la main qui retenait toujours mon bras , fine, aux ongles vernis de noir .
"-Je m'appelle
Bill ."
Ajouta-t'il
simplement, et c'est seulement alors que je me rendis compte qu'en temps normal, j'aurais tout aussi bien pu le prendre pour une fille .
Je ne sus répon
dre qu'un timide "Sarah . Enchantée" qui me parut si terne à côté de la simplicité désarmante de son sourire que j'en rougis aussitôt ...
Si j'en avais é
té capable, je me serais enfuie à toutes jambes, pour échapper à l'emprise infernale de ces yeux cernés de noir .
"-
Tu dois être fatiguée, je ne t'embêterai pas plus ...
-Je
... Oh ... non je suis juste un peu étourdie, et j'ai les doigts gourds, mais si tu as des questions, ou des remarques, je veux bien tout entendre !
-Vou
drais-tu m'accompagner ?"
Sonnée comme
je l'étais par la créature qui se dressait devant moi, je n'étais pas bien sûre d'avoir compris ce qu'il venait de dire, et mon expression dut le lui faire comprendre, car il éclata de rire avant de s'expliquer :
"-Je suis le chan
teur du groupe Tokio Hotel, j'aurais aimé écrire quelque chose de plus tendre et sensible pour une fois, alors je me demandais si tu pouvais me prêter tes mains, enfin jouer pour moi !"
Moi qu
i avais toujours préféré le piano à la radio, qui avais toujours boycotté la télévision, je me trouvais soudain génée de ne pas connaitre le groupe de l'Apollon qui me proposait de jouer pour lui ...
"-Je euh ..
. je suis vraiment désolée, je ne connais rien à ta musique, je ne peux pas accepter là, comme ça, sans rien savoir, je ne suis qu'une petite pianiste de salon je ne sais pas si je serais à la hauteur et ..."
Je
n'eus pas le temps d'esquiver plus longtemps, car sa main avait laché mon bras pour venir se poser sur mes lèvres ... le demi-dieu avait l'air de savoir user de ses atouts ...
"-Viens nous voi
r demain soir, tu me diras si tu crois pouvoir faire quelque chose pour nous ..."
Là, il avait d
isparu, ou peut-être avais-je été trop étourdie pour le voir partir, mais cette première rencontre me laisse encore comme un goût d'irréel, comme si je ne l'avais vécue qu'en rêve ...Quand je repris mes esprits, j'avais à la main un laisser-passer pour accéder aux coulisses d'une salle de concert lambda, le lendemain soir ...

# Posté le mercredi 06 juin 2007 12:49

Chapitre 2

Rien n'aurait pu m'empêcher d'assister au concert ce soir-là . Pas-même l'appel de ma mère éplorée, encore submergée par une vague de je-ne-sais-quoi, plus proche du besoin d'être écoutée que de la déprime ... Encore une fois, elle menaçait de mettre fin à ses jours, et encore une fois, elle m'accusait de ne pas la comprendre ... Quand enfin j'eus raccroché, je me rendis compte qu'il était plus que temps pour moi de me préparer pour rejoindre ce mystérieux Bill, qui m'avait laissé sur le coeur une marque au fer rouge .
J'enfila
i à la hâte un jean et un tee-shirt, vérifiai l'image que me renvoyait le miroir, et la jugeant assez représentative de ce que j'étais réellement, je quittai la chambre d'hotel et hêlai un taxi, lui demandant dans un allemand approximatif de me conduire jusqu'au lieu indiqué par Bill .
Le
gorille qui gardait l'entrée des artistes me jaugea de haut en bas, avant d'appeler un de ses collègues . A deux, ils vérifièrent longuement mon passe, si bien que j'entendis bientôt les musiciens accorder leurs instruments à l'intérieur, et la foule hystrique scander avec emphase le nom du groupe .
Marmonna
nt dans leurs talkie-walkies, les hommes de la sécurité firent venir Bill, qui leur expliqua qui j'étais et pourquoi j'étais là, ou du moins je le suppose, avant de m'entrainer à l'intérieur, slalommant dans les couloirs étroits, riant à l'avance à l'idée d'être sur scène, m'expliquant où j'allais rester pour les écouter jouer , mélangeant l'allemand et l'anglais avec tellement de simplicité que j'en étais atterrée .
F
inalement, il me laissa dans une sorte d'alcove en hauteur, au milieu de techniciens ne parlant pas un mot d'anglais, et enfn le concert commença . Dès les premières notes, je laissai courir mon esprit, et mon coeur se synchroniser . Visiblement, les fans connaissaient par coeur les paroles de la chanson nommée "Durch den Monsun" , et Bill très professionnel leur laissait parfois la parole , prenant la scène en otage, transcendant les âmes de la foule en délire, et je remarquai aussitôt que le public de Tokio Hotel était exclusivement féminin , sans avoir à vraiment me demander pourquoi !
Je
reportai mon attention sur les musiciens, chacun très doué dans son domaine, malgré le jeune âge de tout le groupe . Ils enchainèrent sans fausse note "Schrei", "Rette Mich" qui m'emporta à mille lieues d'Hambourg, "Unendlichkeit" et "Der letze Tag", puis ils durent faire une pause, et c'est un Bill excité comme une puce qui me rejoignit dans la cabine :
"-Alors ? Tu en pense
s quoi ?
-Je n'avais j
amais entendu auparavant, c'est très rock and roll, tu crois pouvoir y intégrer mon aspect classique ?
-Bien sû
r, ce sera génial tu verras !
-En tout cas,
tu as de très bons musiciens, et une très belle voix !
-Je dois y r
etourner, mais je suis content que ça te plaise ! Tu viendrais boire un pot avec le groupe ensuite ? On pourrait discuter de ce que tu penses faire comme ça !
-Avec plaisir !"

L
a suite du concert, tout aussi entrainante que la première partie, se poursuivit sans encombre, au rythme endiablé de leurs morceaux mi-punk mi-glamrock et c'est bien moins sautillant que revint Bill, visiblement vidé :
"-
Tu devrais attendre un peu ici, que les fans se dispersent, ou bien sortir risque de s'avérer fatal pour toi !"
Il riait en le disant,
mais l'appréhension se lisait dans ses yeux ... on voyait tout de suite que l'attitude des fans féminins à son égard le dépassait .

Je fus présentée de m
anière très concise à tout le groupe, et rencontrai ainsi Gustav, le batteur, Georg, le bassiste, et Tom, guitariste et accessoirement frère jumeau de Bill . Le bar où s'était réunie la troupe était très chaleureux, ou peut-être cette sensation venait elle des rires des membres, tellement proches les uns des autres qu'ils semblaient appartenir à la même famille .
Bill rappel
a les musiciens à l'ordre, leur demandant d'essayer de parler anglais, pour que je puisse comprendre ce qui se disait, et je m'aperçus que finalement, tout le monde ici avait un bien meilleur niveau de langue que moi , et je me promis d'apprendre l'allemand, au moins pour le temps que j'allais passer avec eux si nous devions travailler ensemble .
Tom: "
Alors, il parait que tu es bonne en piano ?
S
arah : A ce qu'il parait, oui !
Georg : Tu f
ais des concerts dans toute l'Europe alors ne sois pas si modeste !
Tom : Pas comme toi t
u veux dire Georg ?"
L
es petites piques que n'arrêtaient pas de se lancer Tom et Georg me faisaient sourire, et je finis par me sentir totalement intégrée à leurs délires . Je m'aperçus qu'il était définitivement trop tard pour rappeler ma mère, mais ne m'en occupai même pas . J'aimais être avec eux, et je supposai que la chance que j'avais là de m'exporter réellement, et d'avoir un public un peu différent de l'habituel ne se représenterait surement pas, aussi quand Bill me proposa une nouvelle fois de travailler avec eux, j'acceptai aussitôt, et il fut décidé que je passerais le lendemain à leur studio pour faire quelques essais sur la chanson déjà écrite par Bill .
Comme je n'a
rrivais pas vraiment à détacher mes yeux de son étonnante coiffure, je ne m'aperçus pas que tous avaient stoppé leurs conversations et me regardaient , amusés . Le fard que je piquai en m'en rendant compte les fit éclater de rire, et je finis par les suivre, totalement détendue et à l'aise au milieu de garçons adolescents que je connaissais à peine . Cette situation était totalement nouvelle pour moi, mais si excitante que pour une fois, le visage anxieux de ma mère ne vint pas même m'interrompre pour me rappeler à l'ordre . Non Maman, cette fois, tu ne pourrais pas m'empêcher de vivre ma vie comme je l'entendais .
Chapitre 2

# Posté le mercredi 06 juin 2007 12:51

Chapitre 3

A jamais, la journée qui suivit restera gravée en moi . Quand j'arrivai au studio, Bill était seul, assis ou plutôt affalé dans un canapé, occupé à écrire , sûrement les paroles d'une prochaine chanson .

Sarah :"Salut !
Bill : Oh tu m'as fait peur ! Ca va ?
Sarah : Bi
en, et toi ? Où sont les autres ?
Bill : Ils m'on
t laissé tomber, pas vraiment des lève-tôt !
Sara
h : Je dois rentrer en France demain soir, alors on devrait se dépêcher de voir si quelque chose est possible, ou bien on sera obligés de faire ça par téléphone, et ça risque d'être plus compliqué !"

En vérité, je n'ava
is pas tellement envie de parler d'autre chose que de travail avec lui, il m'impressionnait trop, et je n'aimais pas être en position de faiblesse face à lui .

Bill : "C'e
st drôle ça ...
Sarah :
Quoi ?
Bill : Comme on c
ommence à s'exporter un peu en France, je pensais écrire une chanson en français , alors pourquoi pas celle-là ?
Sarah : Ma
is votre manager vous laisse une entière liberté ?
Bill : Plus ou moins .
Il sait comment on fonctionne, il s'y est habitué . Ne t'en fais pas, il gèrera avec toi tout ce qui est droits d'auteur etc .
Sarah : Oh d'accord
... Je peux voir les paroles ?
Bill : C'est que
pour l'instant c'est en allemand, alors ...
Sarah
: Tu peux me les traduire alors ?"

Non, je n'ét
ais vraiment pas à l'aise avec lui . Pourtant je me détendis en écoutant les paroles de sa chanson , douce, simple, tendre, et ses mots sonnaient agréablement à mes oreilles, si bien qu'avant même qu'il ait dit quoi que ce soit d'autre, je m'assis devant le piano du studio d'enregistrement, et laissai mes doigts exprimer pour moi ce que sa chanson venait de m'inspirer . Très vite, il me suivit, et alors que les notes s'envolaient sous mes doigts, d'autres s'échappaient de ses lèvres, s'enroulant autour de moi, annihilant toute pensée cohérente, m'enivrant et emportant mes doigts avec toujours plus de confiance . Je fermai les yeux et me laissai submerger par des flots de sensations antagonistes et déroutantes . Quand la dernière note s'échappa, je me sentis comme vidée de toute substance , et un bref regard à celui que j'accompagnais me rassura : je n'avais pas été seule à ressentir tant de choses en si peu de temps .
L'instant où nos rega
rds se croisèrent, cette infime portion qui n'est pas du passé, n'est déjà plus du présent, et est bien loin de l'avenir, je la garderai toujours en moi comme le secret de ce qui nous avait traversés de part en part ce jour-là .
Comme un remerci
ement tacite, nos sourires en écho dévoilèrent toute la magie de l'instant qui venait de s'écouler, et je ne pus prononcer que :

Sarah : " Je vai
s essayer de me souvenir de ce que je viens de faire ...
Bill : Hmmm ...
S
arah : Ca allait ?"

Bie
n sûr la réponse était évidente , si ça allait ? C'était bien mieux que ça, cette chanson ne pouvait qu'émouvoir à l'extrême quiconque l'entendrait ... elle allait faire un malheur , et Bill semblait d'accord avec moi . Le problème de la traduction se posa alors, mais fut réglé en un rien de temps . Il me traduisait en anglais, j'écrivais en français, trouvant les rimes sans même les chercher, comme si cette chanson avait DU exister, comme si par essence elle existait déjà . L'amour dont Bill parlait dans la chanson n'incluait pas les broutilles du monde moderne, il imaginait un amour qui ne serait pas entaché de jalousie idiote, qui ne serait que pur désir, que pure harmonie entre deux corps et deux esprits .
Jamais encore j
e n'avais ressenti pareille émotion à l'écoute d'une chanson .
A la fin d
e la journée, j'avais pu retrouver toutes les notes composées le matin-même, et nous dûmes nous atteler à la tache délicate de lui faire parler français ...
Avant ce jour,
j'avais rarement ri avec autant de franchise et de relachement, je sentais mes tensions s'envoler sans retenue au fur et à mesure qu'il essayait de prononcer les mots "amour" "confiance" ou encore "passion" . Loin de s'offusquer, il riait avec moi de ses lacunes, et me mettait au défi de me faire parler allemand, et comme je me prenais au jeu, je dus à mon tour chanter les paroles initiales, en version originale !

Aucun des autres musi
ciens n'avaient fait leur apparition au cours de la journée, aussi Bill proposa-t'il :
Bill : "Ca
te dit de venir avec moi les retrouver, pour leur présenter la chanson ?
Sarah : Pourquoi pas ?"

Je sentais l'ultimatum p
eser sur mes épaules, soudain je n'avais aucune envie de quitter l'Allemagne, et je me plus à penser que j'y reviendrais sans doute très vite si la chanson marchait .
Visi
blement, le groupe avait assez de succès pour se payer une voiture avec chauffeur , et nous discutâmes plus de rien que de tout au cours du trajet .
On nous déposa devant
une grille entrouverte, que Bill m'invita à franchir .

Bill : "Viens, le
s autres doivent être dans le garage !"
Je le sui
vis et pénétrai dans "l'antre" qui leur servait d'appartement . En effet, je l'appris plus tard, la maison était celle des parents des jumeaux, mais le garage avait été aménagé pour Bill et Tom et pouvait facilement accueillir Georg et Gustav , voire même d'autres encore . C'était comme vous l'imaginez : spartiate, un canapé à demi éventré dans la pièce du bas, à la fois cuisine, salon et chambre d'amis , et quatre lits à l'étage, dispersés en deux chambres, avec une salle d'eau qui rappelait celles des voiliers . Mais l'endroit était propre et agréable, encore une fois sans doute grace aux gens qui s'y trouvaient .

Bill : "Hey
les mecs, faut absolument que vous écoutiez ça !"
Il sortit d'un placard
un synthétiseur poussiéreux, et le brancha . J'attrapai une chaise, et laissai la voix de Bill me guider . J'avais déjà les notes en mémoire, et lui-même avait saisi les intonations parfaites . Pour commencer, il leur chantait la version allemande, mais avait prévu de leur présenter la version française tout de suite après , et je m'en réjouissais à l'avance , même si je n'osais pas me l'avouer .
Visiblement, l'
effet qu'elle nous avait fait prenait aussi sur Tom Gustav et Georg, qui étaient littéralement bouche-bée devant notre interprétation, et qui applaudirent même lorsque nous eûmes fini . J'étais aux anges ...
Mais le plus
beau de la journée arrivait , et je n'y étais absolument pas préparée ...
Chapitre 3

# Posté le mercredi 06 juin 2007 12:54

Chapitre 4

La soirée avait été longue, et bien arrosée, et je sentais la fatigue me gagner . La tête appuyée à l'accoudoir du canapé, je me sentais comme la grande soeur de ces jeunes chahutants , alors même que j'avais un an de moins que les jumeaux . Gustave était parti rejoindre sa copine une heure auparavant, et comme Georg s'apprêtait à nous quitter aussi, je cherchai des yeux ma veste, et le suivis, après avoir pris congé de Tom et Bill . Au dehors, il me proposa de me ramener, ce qui me ravit, car la course en taxi revenait assez cher, et mes faibles moyens d'artiste ne me permettaient pas vraiment de me l'autoriser trop souvent .
Sur le chemin,
il me lança à brule-pourpoint :
Georg : "Tu lui
plais .
Sarah : Hein ?
Georg : Bill . Il t'aime bien . Il est rarement gentil à ce point avec une fille .
Sarah : C'est
pour la chanson rien de plus .
Georg : Si tu le
dis ... Méfie-toi quand même . Il a 17 ans, et le succès qu'il rencontre lui fait parfois faire des choses étranges .
S
arah : Oh ... Tiens, voilà mon hotel . Merci Georg, à une prochaine fois sans doute !
Georg : A
bientôt Sarah ."

Il ven
ait, en quelques mots, de me faire perdre une nuit de sommeil . Oui, c'était vrai, Bill avait un physique de rêve, et représentait, physiquement parlant, tout ce que je recherchais ... mais étais-je attirée par lui ? Réellement je veux dire ? Etais-je capable de m'imaginer dans ses bras ? Georg se trompait, c'était évident ...
Je n'av
ais aucune envie que le jour ne se lève, car encore une fois, je devrais passer la journée à ses côtés ... Je soupirai en me disant que le lendemain à la même heure, je regagnerais mon chez-moi, et ma vie d'avant ...
Heureusement, les techniciens seraient là, au studio d'enregistrement, pour les balances et les arrangements musicaux . Je ne voulais plus être seule avec Bill ... pas même dans mes rêves ...




Sarah :" Hey !
Bill
: Hey ! Alors c'est le grand jour ?
Sarah : Ca a
été plutôt rapide ! C'est une équipe super que tu as !
Bill : C'est par
ce que tu pars ce soir . Sinon il leur faut un mois pour se réveiller !!
Sarah : désolée de cont
recarrer leurs plans ...
Bill : Oh crois-moi, s'
ils sont là c'est qu'ils sentent l'odeur de l'argent !
Sarah : On s'y me
t ?
Bill : OK ."

Je vou
lais me plonger dans le travail, faire jouer mes doigts de façon mécanique, et j'y parvins, jusqu'à ce que Bill commence à chanter ... mes yeux allaient et venaient, du piano à lui, de lui à mes touches ... Je ne voulais pas le regarder mais c'était comme si une force m'y obligeait . La tête rejetée en arrière, les yeux fermés et le visage distordu par l'émotion, il renvoyait l'image même de ce qu'évoquait sa chanson ... notre chanson, finalement ... Une fois de plus, je n'eus soudain plus la moindre envie de retrouver mon lycée, mes habitudes, ni même ma chambre Nantaise ... Je voulais rester là à jamais, à regarder Bill chanter tout en jouant sur un piano antédiluvien un air divin ...

Mais la fin de la chans
on arriva, émouvant comme prévu les techniciens du son, nous laissant pantelants et essouflés, comme toutes les fois où nous avions dû la chanter ... Les deux versions étaient enregistrées, et il me restait cinq heures à tuer avant de devoir partir pour l'aéroport .
Je pris plus de temps q
ue prévu pour ranger mes affaires, histoire de laisser partir tout le monde, et surtout Bill, à qui je ne voulais déjà plus dire au revoir , et me laissai tomber sur le canapé où je l'avais vu composer la veille .

B
ill : "Tu ne pars pas ?"
C'était raté, lui non p
lus n'avait pas quitté les lieux ... résignée, je répondis :
Sarah : "Je
n'y arrive pas ... je viens de vivre trois jours extraordinaires, et je n'arrive pas à me dire que c'est fini ...
Bill
: Ce n'est pas fini, tu reviendras pour nos concerts, tu reviendras pour notre promotion, et nous, nous viendrons en France aussi .
Sarah : Merc
i en tout cas, pour m'avoir fait vivre tout ça ...
Bill : C'est le hasar
d qu'il faut remercier, c'est lui qui m'a fait découvrir ton talent !"

Un sentiment de vide compressait ma cage thoracique, empêchant ma respiration de s'écouler normalement et faisant monter à mes yeux des larmes de "déjà fini ?"
Une main
familière sur mon bras me ramena à la réalité .
Bill :" Tu ne dois pas
t'inquiéter , l'Allemagne t'aimera autant que nous t'avons aimée . Et la France se trouvera stupide de n'avoir pas vu ton talent plus tôt !"
Je
me risquai à croiser son regard, et je pus y lire la sincérité de ses propos .
Bill : "Au fait,
il va falloir nous donner ton nom, pour la pochette du single et pour la promotion !
Sarah : Del
val .
Bill : C'est espag
nol ?
Sarah : Sans doute
, mais de lointaines origines alors !
Bill : Tom
et moi, on s'appelle Kaulitz ."

J'avais saisi l
e but de la démarche : changer de sujet, me remonter le moral , et je l'en remerciais intérieurement . Sa main était toujours posée sur mon bras, et accroupi en face de moi, il me forcait presque à plonger mes yeux dans les siens .
Comme au
ralenti, je le sentis s'approcher plus que je ne le vis, et bientôt nos lèvres étaient jointes, sans que je sache vraiment comment cela avait pu arriver . D'une douceur extrême, ce baiser était porteur de nombreux messages . Il voulait dire que l'on se reverrait . Il voulait dire que lui aussi avait été transporté par notre duo . Il voulait dire aussi que ces trois jours n'avaient pas été vains, et que tout ne pouvait désormais que s'arranger . Les yeux clos, je goutais au miel de ses lèvres, avidemment, passionément , ardemment . Sa main s'était glissée dans mes cheveux défaits et caressait ma nuque comme une ultime promesse . S'arrachant à l'étreinte rassurante , il chuchota :
"Je doi
s y aller . Ne nous oublie pas" .
Quand je rouvr
is les yeux, il avait quitté la pièce, laissant seulement sur mes genoux un bout de papier plié : son numéro de portable personnel, et celui de son agent au cas où . C'est ce qu'il avait écrit . La perspective de rentrer chez moi me tomba soudain sur les épaules, plus lourde que jamais ... Reprendre les cours, retrouver ma mère ... alors que j'aurais mille fois préféré rester à jamais sur ce divan, à sentir encore sur ma bouche le goût de la sienne ...
Chapitre 4

# Posté le mercredi 06 juin 2007 12:56

Chapitre 5

Chapitre 5
De retour en France, une vague de mélancolie m'envahit . J'avais perdu le goût des choses, seul le piano m'intéressait encore, et de voir ma mère s'en satisfaire me dégoûtait de moi . Au lycée, j'avais toujours été solitaire, là je me sentais acculée, et vraiment seule . Le précieux morceau de papier plié pesait au fond de ma poche, mais je n'osais pas l'appeler . Et si je le dérangeais ? Et s'il me rejetait ?
Finalement,
deux jours après mon retour, alors que je venais de me faire éjecter du cours de physique par mon professeur, je me laissai guider par mon coeur, et composai sur mon portable son numéro personnel . Une voix essouflée me répondit, d'abord en allemand :

Bill :
" Ja ?
Sarah :
Bill ? C'est Sarah !
Bill
: Sarah ? Tu avais perdu mon numéro ?
Sara
h : Non ... j'ai eu beaucoup de choses à régler ici simplement .
Bil
l : Tu vas bien ?
Sarah : L'
excitation des derniers jours me manque ...
Bill : Tu v
erras que quand notre chanson aura du succès, tu regretteras ta vie tranquille !
S
arah : Qu'est-ce que les autres en ont pensé finalement, en écoutant la version finale ?
Bill :
Tout le monde la trouve démente, c'est génial, tu vas voir dès que le cd sortira dans les bacs ça va être la ruée vers l'or !
Sarah : Quan
d sort-il ?
B
ill : Et ben justement, c'est génial que tu m'appelles parce qu'on doit se revoir très bientôt, il va falloir qu'on fasse les photos pour la pochette, et ce serait cool que tu sois dessus ."

C
'était comme si l'on m'avait tiré dessus ... Moi ? Sur une pochette de cd ? Mon coeur s'affola aussitôt .

Bi
ll : "Sarah ? Tu es toujours là ?
Sarah :
Oui je ... il me faut un peu de temps pour m'en rendre compte, simplement ...
Bill
:Notre manager pense qu'on devrait faire la séance en France, alors comme on a un concert de prévu pour Avril, on pourrait faire ça à ce moment-là non ?
Sarah : Avri
l ? Mmm ce serait parfait..."

Un mois à
attendre ? En vérité, je brûlais d'impatience de revoir la troupe, et de retrouver cette ambiance qui m'avait séduite durant mes trois jours à Hambourg .

Bill : "C
a fait un peu loin hein ?
S
arah : C'est mieux que jamais !
Bill : C'
est vrai . Bon arrêtons de parler de travail ! Que fais-tu ?
Sarah :
J'ai repris le lycée, pas grand chose en fait ...et toi ?
Bill : Boah
, un concert par-ci, un autre par-là ... l'Allemagne commence à me sortir par les yeux !
Sarah :
La France n'est pas mieux tu sais !
Bill
: Oui mais il y a plein de gens nouveaux à rencontrer, et puis il y a toi ..."

A
vais-je rêvé ? Cet échange de banalités allait-il aboutir à une conversation plus personnelle ? Allait-il reparler de ce qui s'était passé ? Mon coeur battait la chamade ...

Sara
h : " C'est gentil ...
Bill
: C'est vrai, surtout . Ecouter la chanson quand je sais que tu n'es pas assise à ton piano, ça n'a pas du tout le même charme .
Sarah :
J'aurais du emporter un cd ...
Bill : Je
t'en enverrai un, tu as donné tes coordonnées à l'équipe ?
Sarah : O
ui . Merci !
B
ill : Tiens, tu pourrais être à Paris pour notre concert ? J'avais dans l'idée de faire la surprise aux fans, pour la nouvelle chanson ,et de la leur servir en avant-première !
S
arah : Bien sûr , c'est une super nouvelle !
Bill : Je
dois te laisser, Tom a besoin d'aide pour un accord, on reste en contact ?
Sarah :
C'est promis . Bonne journée !
Bill : A
toi aussi, Sarah ."

Il ava
it raccroché, et moi j'étais là, pantelante, trop sonnée pour me remémorer la conversation ... pourquoi avait-il cet effet-là sur moi ? Même sa voix à des milliers de kilomètres m'enivrait ...

# Posté le mercredi 06 juin 2007 12:58