Toute mon enfance, on m'a répété que les histoires d'amour finissaient mal, que les hommes et les femmes n'étaient pas faits pour vivre ensemble, et que le Prince Charmant n'existait pas . Je ne jette pas la pierre à ma mère, c'est vrai que celui qu'elle aimait l'a quittée en apprenant qu'elle était enceinte, la laissant seule sans logement, sans travail, sans rien d'autre que le petit être qu'elle portait en elle et qui allait voir le jour au milieu de cette misère sans nom .
Pourtant, sitôt que j'ai été en âge de comprendre ce qu'elle me disait, je me suis raccrochée à l'idée que même Cendrillon avait trouvé l'amour de ses rêves, elle qui pourtant avait connu les jours les plus sombres . Mon exutoire, je l'ai trouvé dans la musique, et très tôt, j'ai commencé le piano . Mes mains sur le clavier exprimaient ce que je ne pouvais pas lui avouer, de peur de la briser . Car oui, Maman, j'ai eu envie maintes fois de te dire ces choses, ces choses qui bouillonnaient en moi et qui me rendaient folle : Maman, sans espoir, un enfant n'est qu'un adulte de petite taille .
La rage de vivre aidant, je suis devenue une virtuose du piano, et je donnais des concerts partout en Europe, j'aimais l'étourdissante rumeur des applaudissements simultanés d'une salle comble , j'aimais vibrer au rythme de mes notes, et toucher mon public au plus profond de l'âme . Souvent, à la sortie, ce qu'on pourrait appeler des fans m'attendaient, et j'étais heureuse de pouvoir leur consacrer un peu de mon temps , et de partager avec eux deux ou trois généralités sur ma musique et ce qu'elle leur évoquait . Mon public était adulte, en général, mais un soir, alors que je m'apprêtais à sortir, je sentis que l'on me retenait par le bras .
On avait fait salle comble à Hamburg, et j'étais exténuée, pourtant, j'essayais de ne jamais manquer de respect à l'égard de ceux qui voulaient me parler . Je me suis donc retournée, et suis tombée nez-à-nez avec les plus beaux yeux qu'il m'ait été donné de voir . Le frisson qui m'a parcourue n'a pas manqué de faire sourire l'individu en face de moi, ce qui m'a causé comme un électrochoc dans toute la poitrine . Reprenant peu à peu ma contenance, j'ai souri à mon tour, et dans le meilleur anglais dont je sois capable (je ne parlais pas deux mots d'allemand à l'époque !) j'ai demandé :
"En quoi puis-je vous aider ?
-Je voulais simplement remercier celle dont les mains ont su m'émouvoir ..."
Comme pour me porter un coup fatal, la voix qui prononça ces quelques mots était largement à la hauteur des yeux et du sourire qui l'accompagnaient !
L'anglais teinté d'allemand était presque parfait, mais sur le moment, je ne prêtai attention qu'à la main qui retenait toujours mon bras , fine, aux ongles vernis de noir .
"-Je m'appelle Bill ."
Ajouta-t'il simplement, et c'est seulement alors que je me rendis compte qu'en temps normal, j'aurais tout aussi bien pu le prendre pour une fille .
Je ne sus répondre qu'un timide "Sarah . Enchantée" qui me parut si terne à côté de la simplicité désarmante de son sourire que j'en rougis aussitôt ...
Si j'en avais été capable, je me serais enfuie à toutes jambes, pour échapper à l'emprise infernale de ces yeux cernés de noir .
"-Tu dois être fatiguée, je ne t'embêterai pas plus ...
-Je ... Oh ... non je suis juste un peu étourdie, et j'ai les doigts gourds, mais si tu as des questions, ou des remarques, je veux bien tout entendre !
-Voudrais-tu m'accompagner ?"
Sonnée comme je l'étais par la créature qui se dressait devant moi, je n'étais pas bien sûre d'avoir compris ce qu'il venait de dire, et mon expression dut le lui faire comprendre, car il éclata de rire avant de s'expliquer :
"-Je suis le chanteur du groupe Tokio Hotel, j'aurais aimé écrire quelque chose de plus tendre et sensible pour une fois, alors je me demandais si tu pouvais me prêter tes mains, enfin jouer pour moi !"
Moi qui avais toujours préféré le piano à la radio, qui avais toujours boycotté la télévision, je me trouvais soudain génée de ne pas connaitre le groupe de l'Apollon qui me proposait de jouer pour lui ...
"-Je euh ... je suis vraiment désolée, je ne connais rien à ta musique, je ne peux pas accepter là, comme ça, sans rien savoir, je ne suis qu'une petite pianiste de salon je ne sais pas si je serais à la hauteur et ..."
Je n'eus pas le temps d'esquiver plus longtemps, car sa main avait laché mon bras pour venir se poser sur mes lèvres ... le demi-dieu avait l'air de savoir user de ses atouts ...
"-Viens nous voir demain soir, tu me diras si tu crois pouvoir faire quelque chose pour nous ..."
Là, il avait disparu, ou peut-être avais-je été trop étourdie pour le voir partir, mais cette première rencontre me laisse encore comme un goût d'irréel, comme si je ne l'avais vécue qu'en rêve ...Quand je repris mes esprits, j'avais à la main un laisser-passer pour accéder aux coulisses d'une salle de concert lambda, le lendemain soir ...
Pourtant, sitôt que j'ai été en âge de comprendre ce qu'elle me disait, je me suis raccrochée à l'idée que même Cendrillon avait trouvé l'amour de ses rêves, elle qui pourtant avait connu les jours les plus sombres . Mon exutoire, je l'ai trouvé dans la musique, et très tôt, j'ai commencé le piano . Mes mains sur le clavier exprimaient ce que je ne pouvais pas lui avouer, de peur de la briser . Car oui, Maman, j'ai eu envie maintes fois de te dire ces choses, ces choses qui bouillonnaient en moi et qui me rendaient folle : Maman, sans espoir, un enfant n'est qu'un adulte de petite taille .
La rage de vivre aidant, je suis devenue une virtuose du piano, et je donnais des concerts partout en Europe, j'aimais l'étourdissante rumeur des applaudissements simultanés d'une salle comble , j'aimais vibrer au rythme de mes notes, et toucher mon public au plus profond de l'âme . Souvent, à la sortie, ce qu'on pourrait appeler des fans m'attendaient, et j'étais heureuse de pouvoir leur consacrer un peu de mon temps , et de partager avec eux deux ou trois généralités sur ma musique et ce qu'elle leur évoquait . Mon public était adulte, en général, mais un soir, alors que je m'apprêtais à sortir, je sentis que l'on me retenait par le bras .
On avait fait salle comble à Hamburg, et j'étais exténuée, pourtant, j'essayais de ne jamais manquer de respect à l'égard de ceux qui voulaient me parler . Je me suis donc retournée, et suis tombée nez-à-nez avec les plus beaux yeux qu'il m'ait été donné de voir . Le frisson qui m'a parcourue n'a pas manqué de faire sourire l'individu en face de moi, ce qui m'a causé comme un électrochoc dans toute la poitrine . Reprenant peu à peu ma contenance, j'ai souri à mon tour, et dans le meilleur anglais dont je sois capable (je ne parlais pas deux mots d'allemand à l'époque !) j'ai demandé :
"En quoi puis-je vous aider ?
-Je voulais simplement remercier celle dont les mains ont su m'émouvoir ..."
Comme pour me porter un coup fatal, la voix qui prononça ces quelques mots était largement à la hauteur des yeux et du sourire qui l'accompagnaient !
L'anglais teinté d'allemand était presque parfait, mais sur le moment, je ne prêtai attention qu'à la main qui retenait toujours mon bras , fine, aux ongles vernis de noir .
"-Je m'appelle Bill ."
Ajouta-t'il simplement, et c'est seulement alors que je me rendis compte qu'en temps normal, j'aurais tout aussi bien pu le prendre pour une fille .
Je ne sus répondre qu'un timide "Sarah . Enchantée" qui me parut si terne à côté de la simplicité désarmante de son sourire que j'en rougis aussitôt ...
Si j'en avais été capable, je me serais enfuie à toutes jambes, pour échapper à l'emprise infernale de ces yeux cernés de noir .
"-Tu dois être fatiguée, je ne t'embêterai pas plus ...
-Je ... Oh ... non je suis juste un peu étourdie, et j'ai les doigts gourds, mais si tu as des questions, ou des remarques, je veux bien tout entendre !
-Voudrais-tu m'accompagner ?"
Sonnée comme je l'étais par la créature qui se dressait devant moi, je n'étais pas bien sûre d'avoir compris ce qu'il venait de dire, et mon expression dut le lui faire comprendre, car il éclata de rire avant de s'expliquer :
"-Je suis le chanteur du groupe Tokio Hotel, j'aurais aimé écrire quelque chose de plus tendre et sensible pour une fois, alors je me demandais si tu pouvais me prêter tes mains, enfin jouer pour moi !"
Moi qui avais toujours préféré le piano à la radio, qui avais toujours boycotté la télévision, je me trouvais soudain génée de ne pas connaitre le groupe de l'Apollon qui me proposait de jouer pour lui ...
"-Je euh ... je suis vraiment désolée, je ne connais rien à ta musique, je ne peux pas accepter là, comme ça, sans rien savoir, je ne suis qu'une petite pianiste de salon je ne sais pas si je serais à la hauteur et ..."
Je n'eus pas le temps d'esquiver plus longtemps, car sa main avait laché mon bras pour venir se poser sur mes lèvres ... le demi-dieu avait l'air de savoir user de ses atouts ...
"-Viens nous voir demain soir, tu me diras si tu crois pouvoir faire quelque chose pour nous ..."
Là, il avait disparu, ou peut-être avais-je été trop étourdie pour le voir partir, mais cette première rencontre me laisse encore comme un goût d'irréel, comme si je ne l'avais vécue qu'en rêve ...Quand je repris mes esprits, j'avais à la main un laisser-passer pour accéder aux coulisses d'une salle de concert lambda, le lendemain soir ...

